E. prend en photo la rose surprise. Après des mois d'effort, nous avions abandonné la réanimation du rosier. C'est là qu'il a décidé de fleurir...
voir ce que ça va döner (kebab)
E. prend en photo la rose surprise. Après des mois d'effort, nous avions abandonné la réanimation du rosier. C'est là qu'il a décidé de fleurir...
Chers amis égarés ici, dans les méandres de la plateforme Posterous, je vous informe que je reviens aux origines de mon monde, et que la suite de mon blogage tranquille continuera ici, là où tout cela avait commencé : http://www.balmeyer.net
Le pouvoir d'absorption du téléphone portable est tel que, survolant au matin le boulevard de Grenelle tout lumineux depuis un métro aérien, je n’avais absolument pas remarqué la présence de Raymond Domenech, en face de moi, depuis une vingtaine de minutes. Entrant dans la rame, j’étais venu vite m’accrocher à la barre pour m’oublier dans le petit terminal amusant, comme tant de gens le font. Je les, enfin, je nous surnomme les “Homo Sapiens Smartphonus”, créatures en pleine spéciation, le cou horizontal, les pouces protubérants et agiles, un sonar naissant sur l’occiput afin de se mouvoir, regard en dedans, parmi les obstacles animés.
J’étais là, donc, à scruter cette petite république intérieure d’amis imaginaires quand je levai les yeux pour toiser avec satisfaction les passagers véritables. Il y avait, parmi la grappe de compagnons de barre dont j’étais un fruit, cet individu, Raymond Domenech, les cheveux gris, avec l’air édifiant de l’homme qui se rend quelque part, pour y faire quelque chose. Encore distrait par mes lectures microscopiques, je mis quelques secondes à constater que ce personnage tellement en survêtement, avec des sourcils à la Domenech, était bien le Raymond Domenech, ancien sélectionneur de l’Equipe de France de Football. Dehors, sous mes pieds, Grenelle défilait, avec son évidente force de réforme faite boulevard.
Surpris, j’eus le réflexe de crier à tue-tête: “Mais c’est Raymond Domenech ! De la Coupe du Monde ! Ray, celui qui s’est fait traiter dans le vestiaire ! ” mais, conscient du ridicule que la situation engendrerait, je m’en m'abstins. Les autres voyageurs, sans doute aussi délicats ou embarrassés que moi, regardaient placidement dans tous les sens, qui dans leur journaux gratuits, qui dans leur Alchimiste de Paul Coelho. Raymond Domenech, quant à lui, participait à cet étonnant spectacle tout en retenu et non-dit, avec doigté, sans doute rompu aux usages d’être Raymond Domenech. Avec aplomb, mais réserve, il regardait droit devant lui, mais pas trop, juste comme il faut, une expression de douce normalité, voire de bonhomme banalité fixée sur le visage. C’était comme s’il s'intéressait aux affiches d’un "Printemps des Poètes" à venir, avec des vers qu’auraient pu écrire Nicolas Anelka, par exemple. Je me remémorais alors l’année précédente, et le tapage universel engendré par cet usager des transports en commun, certainement en règle, avec son ticket convenablement composté. A la Radio, dans les journaux, dans le monde entier de la télévision et de l’opinion, on avait pu honnir tel un roi cet homme là, avec sa main, une main avec des poils, et des gros doigts de plombier, sa main pour s’aider d’une barre en fer à ne pas choir du fait des soubresauts. Les inconnus autour, presqu’une foule, étaient techniquement en mesure de lyncher - enfin ! - ce fameux chantre détesté de la France qui perd. Mais pourtant, il ne se passa rien. La foule était confuse. Raymond Domenech, intégralement, se tenait là, comme s’il avait rendu, par sa simple présence, tout doux ce peuple déraisonnable. A l’heure d’agir comme la France me l’enjoignait, je fus pris d’empathie. Je me dis que j’aurais pu lui casser la gueule, on m’aurait peut-être absous, qui sait, mais peut-être qu’on m’aurait surtout traité de malade et qu’on aurait cajolé Raymond Domenech, lui, ce personnage connu, notable de notre société spectaculaire. On lui aurait dit : “Excusez-le, il a perdu le sens de la mesure, ce jeune homme.” Alors, j’eus soudain envie de le prendre dans les bras, de lui dire au contraire : “Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font !”, lui, Raymond Domenech, en survêtement... j’aurais ajouté : “Entre nous, quelle bonne farce ce monde depuis des milliers d’années ! Et on va tous mourir.” Il aurait acquiescé en silence, sombre, avec ses sombres sourcils. Comme je travaillais non loin de la Fédération Française de Football, je pressentis qu’il allait descendre en même temps que moi, pour se rendre au bureau, à son bureau de Football. Cette prophétie se réalisa tout à fait, un peu à la mesure de la légende de Raymond Domenech. Traversant la rue, Raymond Domenech, intact, normal, vivant, sourcilleux, se perdit parmi la foule, disparut de l’évidence nue de mon présent, où il ne se passait rien de stupéfiant, pour regagner sa place en douceur dans le baroque théâtre des souvenirs.J'ai rêvé d'un grand gorille, au milieu des herbes hautes. Il tenait dans ses bras un minuscule nourrisson. Le contraste était saisissant, et dans le rêve, nous trouvions cet alarmant spectacle assez beau : le primate immense, au poil noir, l'enfant minuscule, pâle et blond, portant juste une couche blanche.
Le gorille avait volé l'enfant à la femme implorante, à côté de moi. Celle-ci tentait de négocier avec le gorille, inquiète mais attendrie par l’ambivalence de la bête, qui protégeait l'enfant dérobé, farouchement. A côté du gorille se tenait un chimpanzé, qui agitait ses bras déraisonnables. Le chimpanzé réclamait l'enfant, un peu pour lui, un peu pour nous le rendre. Il avait clairement la fonction d'intermédiaire, comme coincé entre deux espèces. Le chimpanzé ne savait pas s'il fallait laisser le bébé à son gros congénère, ou nous le restituer, ou le garder pour lui ; il était l'image même de l'indétermination. Quant à moi, je n'avais pas de fonction précise, je devais certainement le privilège de ma présence au fait d'être l'hôte du rêve, car j'étais un peu dans cette fantaisie en touriste, sans lien réel avec cette mère en tenue de safari et les créatures agitées.
Mon fils n'a pas de copain. Du moins, jusqu'à ce jeudi. Zach, dans la cour, préfère jouer dans son coin. Les autres font du bruit, se donnent des coups, hurlent, ça l'a l'air de l’embarrasser. Les autres s'arrachent leurs chapeaux, leurs bonnets, lui, il préfère garder son bonnet sur sa tête. Pourquoi ils font ça. Ca l'embête ces gens qui enlèvent les bonnets brutalement, comme si c'était l'été par exemple. Zach est contemplatif. Il aime bien regarder les fourmis, les coccinelles. Ses camarades aussi, mais ils aiment bien les écrabouiller à la fin, pourquoi ils font ça.